1960

Y-a-t-il une école de Nice ? <

Les grands dans de petits
villages fatigués...
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Quelques rencontres <

 

 

 

 

 

 


Du 20 au 23 mars, Yves Klein réalise les premières Cosmogonies, à Cagnes-sur-mer, à l'embouchure du Loup , peintures réalisées à l'aide d'éléments atmosphériques et végétaux (vent...traces de feuilles, roseaux, touffes d'herbes, immergées dans l'eau bleutée de la rivière).

Martial Raysse signe les Prisunics de Nice et les étalages de cosmétiques : ce qui m'intéresse, c'est la profusion colorée de l'article en série, l'afflux quantitatif des étalages, la marée de produits neufs dans les grands magasins.

Arman : " Un jour, j'étais avec Restany et j'ai signé tous les barils descendus d'un cargo dans le port de Nice. C'est la première accumulation monumentale. C'était des barils de vin. Bien avant la rue Visconti de Christo mais moi ce n'était pas le barrage qui m'intéressait, c'était le tas ." ( in Catalogue A propos de Nice, Centre G. Pompidou Paris 1977).

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Nous pourrions le croire, car très nombreux sont les peintres demeurant à Nice. Arman, Yves Klein, Martial Raysse, Laubiès, Jean-Pierre Mirouze, Sacha Sosnovsky et tant d'autres encore. Ils sont plein d'ardeur et d'audace. Laubiès travaille continuellement, ne prenant que peu de temps pour se baigner et il nous découvre de magistrales toiles. Sa palette s'enrichit de tons orangés et jaune assourdi. Il arrive ainsi à égayer ses visions et les intensifie de toute la chaleur et de la lumière du Soleil. Ce ne sont plus des mondes disparus mais il suggère ainsi une vie extraordinaire triomphante de tous les temporels.
Raysse, poète et artiste, présente des élytres transparentes et veinées. Libellules de nos rêves, transmutations ou métamorphoses, nous assistons à l'éclosion d'une vie végétale non seulement pleine de poésie, mais encore entachée de l'intensité expressive de nos rêves et içi nous comprenons mieux encore les pertinentes explications de Bachelard.
Des sculptures aussi sont là. Sculptures colorées et qui,faites d'objets plastisques, amènent à une reconsidération de la sculpture elle-même tant elles nous font repenser à ces statues grecques peintes et les espaces mieux soulignés grandissent et s'affirment davantage. Ce sont également des sortes de monnaies-du-pape, en métal, lègères et presque diaphanes; ce sont des boîtes qui s'encastrent les unes dans les autres, des ressorts et roues engainés, toute une chimie qui nous rapproche d'une physique nucléaire et qui surtout se metarmorphosent comme Alice au pays des Merveilles. Ce jeune peintre, modeste et silencieux, remonte parfois à Paris et nous espérons que nos lecteurs pourront enfin le découvrir.

Re.gif (873 octets) Les grands dans de petits villages fatigués...

Vence doit beaucoup à Dubuffet car c'est à lui que nous devons l'impeccable tenue de la Galerie Les Mages de Chave. Bien entendu,nous savons que Chagall et Carzou demeurent également dans Vence, mais ils sont moins actifs. A la Galerie Chave, nous découvrons Eppelé, Bellmer, Kopac, Dallaire et quelques autres. Gabritchevsky, biologiste russe devenu fou, ne trouve de repos que dans la peinture, Ozenda s'apaise avec quelques toiles semi naïves. Pons refait vivre les visions de Goya. Et ce sont des amis de Paris: Dado , César qui, dans son hommage à Brancusi magnifie son aîné tout en affirmant sa propre originalité. Appel et Jorn n'ont plus cette même violence et à la lumière de Provence, il y a comme une évanescence.
André Verdet n'est pas à Saint-Paul et c'est dommage car sans nul doute il organiserait des expositions locales qui ne seraient pas dans cette appartenance d'artisanat un peu déformé par un léger snobisme.

Au Haut de Cagnes, Yves Klein est éblouissant et ses empreintes polychromes de corps nus, prennent allure envoûtante. Mais l'artiste se repose devant le Château, d'homériques courses de cafards (n'est-ce pas le meilleur moyen de le tuer?) ont conquis toute la population. Un musée Renoir vient de s'ouvrir dans l'ancienne maison du maître à Cagnes- même.

Re.gif (873 octets) Quelques rencontres

De Nice à Villefranche, trés peu de distance. Cela nous est donc facile d'admirer la Chapelle de Cocteau qui cerne autour de vigoureuses figures quelques points qui arrivent en sortes de centres nerveux, offertoires mystiques d'adoration et de prières. Ces cellules nerveuses sont là affirmant dendrites et neurones et ainsi Jean Cocteau s'exorcise de magies mystérieuses propres à sa poétiques.
Bien entendu, la Côte est surpeuplée et c'est avec joie que nous retrouvons Maître Kam, passionné de peinture et qui, au cours de courtes vacances, aa s'imprègne de cet art dont il ne peut se passer. C'est le professeur Brimo, rencontré souvent à Auvers-sur-Oise et qui, à Beaulieu, parcourt les cimaises d'une nouvelle galerie.

Jean Cocteau se repose au Cap Ferrat à Santo Sospir et il se repose en travaillant avec acharnement bien entendu. Y-a-t-il une école de Nice ? Pourquoi pas après tout. Mais nous sommes contents de voir naître une décentralisation et , tant pis pour Paris car il est quasi impossible d'y rêver et c'est pourquoi l'artiste, en ce temps d'éblouissements de lumière, s'en vient en Provence afin de redécouvrir sa poésie intérieure et sa liberté. Nous pouvons penser avec Raysse : Une allégresse de vignes au penchant du ciel, ciel de briques rouges de méduses bleues...Ici, nous ne sommes plus mallarméens car j"ai lu tous ses livres... mais la chair n'est pas triste et il n'y a plus d'hélas.

Claude Rivière

Extrait de la Charge Solaire de l'Artiste, in Combat
du lundi 22 août1960