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L'Ecole de Nice à
la L'Ecole de Nice et le vice de peindre <
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Exposition rétrospective en janvier, Yves Klein Monochrome und Feuer (Monochrome et Feux) au Haus Lange Museum de Krefeld. Mise à feu lors du vernissage, le 15 janvier , d'une flamme de 3 mètres de hauteur à côté d'un mur de feu (grille de becs Bunsen), et exposition des projets de Yves Klein pour des fontaines d'eau et de feu dessinées par l'architecte Claude Parent (prototype de l'exposition in situ dont la pratique ne sera acceptée par les musées qu 'au début des années 80. Yves Klein réalise ses premières Peintures de feu au Centre d'essais du Gaz de France en mars. Robert Malaval réalise ses premiers Aliments blancs et expose à la Galerie Alphonse Chave à Vence, en avril, des papiers froissés, Peintures-reliefs. Paul-Armand Gette expose des Calcinations, à la Galerie Cavallero à Cannes. Yves Klein, invité avec Rotraut par la Diva Gallery à Los Angeles, presente,du 29 mai au 24 juin, Yves Klein le Monochrome (des IKB, les obélisques des éponges et un Relief éponge or réalisé pour l'exposition). Ce séjour au Etats-Unis sera l'occasion d'une rencontre avec Edward Kienholz. Picasso s'installe au mois de juin, à Notre-Dame de Vie à Mougins. Durant l'été, Yves Klein et Sacha Sosnovky filment l'empreinte du corps de Rotraut Uecker dans le sable. Sacha Sonovsky écrit dans le N°108 bis, juin 1961, du mensuel niçois Sud Communications (Arts et Spectacles de la Côte d'Azur), un article intitulé Tendances du nouveau réalisme niçois, et parle d'Ecole Niçoise. Le 15 juin, dans les Lettres Françaises, Jacques Lepage parle d'une Ecole de Nice, à propos des expositions de Robert Malaval et de Paul-Armand Gette, mentionnées prédemment. Le 13 juillet est inauguré à Nice , le 1er Festival du Nouveau Réalisme. Une exposition du groupe a lieu à la Galerie Muratore, tandis que les 13 et 14 juillet se déroule à l' Abbaye de Rosseland, chez Jean Larcade, une série d'actions spectacles réalisées par les artistes présents. Sacha Sosnovsky relatera l'événement dans le N°110 bis de Sud Communications sous le titre Encore le Nouveau Réalisme. C'est en 1959 qu'Arman accomplit son grand geste en S'APPROPRIANT LES POUBELLES. Depuis longtemps, ce peintre avait été fasciné par les déchets, les ordures, les papiers gras, les objets abandonnés, déjà utilisés par des artistes comme Kurt Schwitters, Duchamp, Arp, Picabia, mais dans un esprit tout à fait différent. Arman n'utilise plus ces objets d'une manière littéraire et analogique, mais bien pour ce qu'ils sont en soi, en les mettant EN VRAC dans des cuves de verre (Exposition de Dûsseldorlf en 1960). Il s'aperçut aussi du pouvoir étrange de L'ACCUMULATION d'un même objet dans une cuve. Et il émit alors le postulat suivant : "Mille ressorts de montres sont plus ressort de montre qu'UN ressort de montre". Maintenant ses uvres se vendent aux alentours du demi-million d'anciens francs. Martial Raysse lui, a été, après de solides études secondaires, étudiant en lettres et aussi champion d'athlétisme. Il abandonna la littérature pour la peinture et en quelques années il arriva à être un des meilleurs peintres abstraits sur la Côte d'Azur et ses uvres commençaient à avoir une excellente cote quand il remit toute sa carrière en question, fasciné par la beauté brute du plastique, beauté existant tout naturellement DANS LES OBJETS LES PLUS USUELS. Les grands magasins à prix uniques devinrent son royaume. Un quart d'heure avant l'ouverture de son exposition à Milan (1961), toutes ses uvres en plastique étaient vendues à des collectionneurs. Il confirma ainsi pour sa part LA THEORIE DE L'ECOLE DE NICE SUIVANT LAQUELLE LA VIE EST PLUS BELLE QUE TOUT. A notre époque, des Niçois comme Jefe et surtout Ben se livrent à des travaux d'une grande importance théorique, particulièrement Ben avec ses Écrits où il renouvelle, en les trempant dans le réel, les procédés de peinture lettriste. L'ECOLE NIÇOISE veut nous apprendre la beauté du quotidien. FAIRE DU CONSOMMATEUR UN PRODUCTEUR D'ART. Une fois qu'un être s'est intégré dans cette vision, il est très riche, pour toujours. Ces artistes veulent s'approprier le monde pour vous le donner. A vous de les accueillir ou de les rejeter. Sacha Sonovsky Arman : C'est d'abord un lieu géométrique, géographique et un certain état d'esprit, proche par exemple pour Yves Klein de la nature, du ciel, de la mer ; pour Martial, d'une certaine appréhension des objets. Klein : Je pense que l'Ecole de Nice est, à l'origine de tout ce qui se passe depuis 10 ans en Europe : cela paraît incroyable mais nous avons vu se répandre dans le monde l'Ecole dite de Paris avec tout un groupe d'artistes que, ma foi, je respecte et que j'aime bien, mais qui n'est plus aujourd'hui. Et c'est ce que l'Ecole de New York, il y a une limite aux devoirs de famille. Qu'ils fassent ce qu'ils veulent, nous nous estimons à jour, nos vues vont vers l'ouest, où nous voyons Los Angeles plutôt que New York, car Los Angeles mystérieux, je n'y ai rien compris alors que New York je l'ai dépassé et ensuite il y a Tokyo ; je verrais donc un nouvel axe de l'art, Nice-Los Angeles-Tokyo essentiellement, nous rejoignant par la Chine. Klein : Bien que nous soyons toujours, nous l'Ecole de Nice, en vacances, nous ne sommes pas des touristes. Voilà le point essentiel. Les touristes viennent chez nous en vacances, nous habitons le pays des vacances qui nous donne cet esprit de faire des conneries. On s'amuse bien, sans penser à la religion, à l'art ou à la science. Arman : Et la grosse affaire de l'École de Nice est la pèche des gros poissons ! Klein : Nous aimons les bonnes affaires, nous aimons énormément l'argent ; nous ne cherchons pas à vendre nos uvres pour faire de l'argent, nous faisons les cent coups . C'est-à- dire que nous sommes un groupe de gangsters, les gangsters de la sensibilié dans le monde. D'ailleurs en argot, le niçois c'est le tricheur, qui fait de l'argent d'une manière bizarre. Raysse : C'est une espèce d'alchimiste..
Dans cette importante manifestation artistique, notre région fut représentée par les peintres Arman et Martial Raysse; ce dernier en particulier, suscita de nombreux échos dans la presse. En voici quelques extraits : " Deux uvres d'art : un inventaire de produits de brunissage et une compression de détritus de poubelle!" Journal du Dimanche "(L'outrance), Martial Raysse la représente ici presque à lui tout seul, avec son étalage roulant d'objets de plage ou de toilette en matière plastique jaune et rouge surmonté de la photographie découpée d'une aimable créature s'abritant sous un vrai parasol..." M. Conil Lacoste, Le Monde "Martial Raysse a toujours travaillé à Nice, d'où il vient. Son entassement standard, c'est tout Nice. Il constitue la preuve que le Nouveau Réalisme peut prendre emprise sur le réel. C'est l'exemple le plus clair d'un art qui se veut acte de comportement. L'effet est très salutaire par rapport aux peintures-peintures. C'est une proposition d'air pur dans cette Biennale qui accuse une stagnation et une sorte de conformisme d'uvres trop rangées..." (P. Restany. Arts, 4. 10.61) Nous sommes allés poser quelques questions à cet artiste qui a pu mettre en mouvement les milieux parisiens; - Si l'on excepte le groupe restreint de l'Ecole de Nice, existe-il, sur la Côte d'Azur, un milieu pictural ? Martial Raysse : - Mis à part trois ou quatre peintres d'avant-garde dont l'activité est directement tournée vers l'extérieur. Nice est une ville qui dérive à 50 ans au large de l'actualité. Evidemment, on y discerne l'inévitable cloaque de peintres d'anges, qui malheureusement trouvent encore le moyen de démarquer les plus mauvais figuratifs parisiens...Vous savez toutes ces lignes qui se rejoignent...le puzzle... à l'époque de la physique nucléaire, il faut bien se rattraper à quelque chose...j'ai d'ailleurs pour ces cosmonautes beaucoup d'attendrissement car avec un bel optimisme ils rejettent toutes les perspectives de l'actualité internationale et retournent délibérément au folklore, ce qui est très attachant car je voudrais que Nice demeure une de ces villes privilégiées, où la peinture à papa, mijotée et appréciée, se fixera en tradition comme celle des pipes du Jura ou de la dentelle du Puy. - Mais quand-même, il existe une critique d'art ? Martial Raysse : Oui, oui...il y a deux ou trois humoristes qui ont raté Corot mais, croyez-moi, ne laisseront jamais échapper Renoir. - Que signifie cet étalage que vous présentez à la Biennale de Paris ? Martial Raysse : Curieusement, aucun étalage ne ressemble à cette sculpture, le réel travaille pour moi, c'est bien connu, mais je m'additionne, c'est le super-étalage...il va de soi que c'est un totem, une fusée, un titre de propriété, vaccin, une sorte de visa. Il sert de catalyseur pour une sorte de visa.,pour une osmose du spectateur avec le monde merveilleux de notre vie actuelle. Rituel pour une hygiène de la vision. - Pourquoi utilisez-vous des objets manufacturés en plastique et obligatoirement neufs ? Martial Raysse : - J'utilise des produits manufacturés parce que je suis docteur es matières et que tout l'art actuel spécule sur l'instinct de conservation, l'attendrissement au pourrissement cellulaire. Seul le neuf est aseptisé : l'hygiénique, l'inoxydable. L'immatériel est intéressant, et puis la sculpture actuelle est en deuil..Le plastique c'est la couleur dans la masse. la chair, le Congo, le Cap Canaveral. In
Sud-Communications n°113 bis november1961
Il faut entendre le sénateur-maître de la Colle- sur-Loup raconter comment Yves Klein, jeune homme, de retour du Japon où il avait appris le karaté, et ne sachant que faire dans son village, s'est mis à peindre en n'ayant jamais touché un pinceau. Avec l'accent et la truculence méridionale, l'anecdote prend des proportions homériques et d'un comique superbe. Mais qu'en conclure ? Il est évident qu'aucun des artistes de
l'Ecole de Nice ne "savait" peindre. Sur le plan métier et habilité, ils
étaient tous éliminés dans la grande compétition commerciale d'aujourd'hui. Ils ont su
faire de leur maladresse et j'oserai dire de leur incompétence une preuve de leur
existence originale. Ils se sont fait reconnaître avec leur défaut comme un drapeau.
C'est un critère de l'acte créateur. Ils ont échappé "au métier", au
système de sélection, au langage habituel d'expression. Bravo ! Ils ont mis en valeur
des notions de jeu, qui fuyaient l'art. Ils nous ont amené à poser sur le monde un autre
regard - celui de l'amoureux du soleil et de la mer qui ne songe pas à la Culture quand
il découvre un paysage ou déshabille une femme. L'école de Nice, c'était un peu
l'il adolescent de la vieille société française qui se voulait alors une
virginité. Et c'était drôle, c'était "vrai". Pierre Restany à l'Ecole de
Nice. -"L'Ecole de Nice" - est la traduction d'une triple coincidence : la rencontre des destins hors-série (et hors-Nice) de trois niçois : Y. klein, Arman et Martial Raysse, (Ben n'a jamais constitué qu'un épiphénomène marginal, résiduel et folklorique). L'Ecole de Nice risque-t-elle de se substituer à l'école de Paris ? Les Niçois "arrivés" ou ceux qui se considèrent comme tels (c'est-à-dire les leaders de la jeune génération artistique dont les appétits de carrière et les rêves de gloire ont été provoqués et nourris par le mythe d'Yves Klein) sont fidèles à leur terroir natal, à leur soleil et à leur mer. Ils retournent passer les vacances au pays. Si ce phénomène de retour au bercail trouve une place une structure d'accueil adéquate (un directeur de musée d'art moderne vivant, un , un critique d'art intelligent, un mécène-promoteur un peu plus fou que d'ordinaire), il se peut que l'Ecole de Nice devienne enfin une réalité socio-culturelle authentique. Quand à remplacer Paris, que la puissance publique est en train de doter d'un suréquipement promotionnel, exclusivement dédié "à la défense et à l'illustration" de l'art contemporain, laissez-moi rire, pauvre Nice !
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