1965

La Côte d'Azur <

Spécial Midi : l'Ecole de Nice
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Signer au dos le ciel <

 

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Jean-Claude Farhi présente ses nouveaux travaux chez Jacques Matarasso à Nice, en mai, Reliefs, pièces réalisées avec des moteurs soudés entre eux et colorés présentés sur les socles en plexiglas les Motorcolor.

La Galerie Alexandre de la Salle à Vence expose du 15 mai au 12 juin, L'Aliment blanc, dessins de Robert Malaval.

Du 15 mai au 30 juin de déroule en divers lieux de la région niçoise le 3ème Festival des Arts plastiques de la Côte d'Azur organisé par Farriest, Hayart, Jarema, Lepage, Reymond, Suffren,, Villeri.

La Galerie A, 35 rue de France à Nice, présente Graphismes Américains (avec des oeuvres de Jim Dine, Roy Lichtenstein, Claes Oldenburg et George Segal) tandis qu'au Bastion St-André à Antibes des peintres suédois témoignent de l'Abstraction poétique en Suède.

En juin, Robert Erébo et Robert Buzzo organisent au Théâtre de l'Artistique avec la participation de Ben un concert Fluxus au cours duquel est jouée la pièce: Bottez - leur le cul à cette bande de cons ; Robert Bozzi interprétait sur un piano un discours de Mao Tsé Toung interrompu à chaque fin de phrase par les mots Vive, Vive le Président Mao. Erébo pendant ce temps lavait les pieds de Ben assis sur une chaise.

Le centre artistique et culturel de la ville d'Antibes présente au Bastion St-André du 2 juillet au 8 août, les oeuvres de 24 figuratifs de l'imaginaire. Un article de Otto Hahn sur l'Ecole de Nice paraît dans l'Express du 2 au 8 août ; les actualités Gaumont décident alors de réaliser un film sur Nice auquel participent Arman, Ben, Jean-Claude Farhi et ce sera son entrée officielle dans l'Ecole de Nice, Claude Gilli, Martial Raysse, Bernar Venet.

Jacques Lepage dans Les Lettres Françaises du 19 août publie un article sur l'Ecole de Nice et la peinture américaine à la suite duquel il lui est signifié qu'il cesse d'appartenir au journal puisqu'il y défend la peinture américaine.

Bernar Venet réalise ses premieurs tableaux avec des schémas mathématiques, dans son atelier du Vieux Nice, rue Pairolière, marquant ainsi le début de sa période conceptuelle.

Septembre voit l'ouverture à Villefranche-sur-Mer de La Cédille qui sourit au 12 rue de May, sorte d'atelier-boutique ; Goerge Brecht et Donna Breuer, Robert Filliou et Marianne Staffels avaient décidé d'un commun accord lors de leur rencontre à Rome de l'ouverture de ce local conçu dès l'origine comme Centre International de Création Permanente...et fondent la Non-Ecole de Villefranche (conçue à toutes fins utiles et inutiles à la Cédille qui sourit 12, rue de May , comme indiqué sur l'entête du papier à lettre). Serge III peint au vinyl blanc les murs de La Cédille qui sourit et Jo Pfeuffer aide à l'installation.

La rétrospective Martial Raysse, maître et esclave de l'imagination, est présentée par le Stedelijk Museum d'Asterdam en octobre-novembre.

Re.gif (873 octets) LA COTE d'AZUR 1965

Ayant peu de passé culturel, sous l'influence des grands artistes qui y vivent, la Côte devient une métropole de l'art contemporain, ce que souligne le fait que l'Ecole de Nice (nous fûmes le premiers à la citer en Europe, voici quatre ou cinq ans, dans les Lettres Françaises y est née, et qu'elle est, bon gré, mal gré, entant actuellement en compétition sur le plan international avec les autres mouvements d'arts de recherche. L'Ecole de Nice, c'est-à-dire Yves Klein, Arman, Gette, Gilli, Malaval, Martial Raysse, Venet, Verdet...Cela dit, hors des musées, les arts plastiques atteignent un public toujours plus grand, nouveau, ainsi la crise parisienne est à peine ressentie ici. Des galeries continuent à s'ouvrir et les expositions se multiplient, non seulement en période estivale, mais en hiver, les plus importantes étant le Salon de la Jeune Peinture méditerrannéenne, le Festival des Arts Plastiques, la Biennale de Menton. Ces grandes manifestaions préparent la voie aux expositions personnelles. Leur rôle éducateur est si sensible qu'en moins de cinq ans elles ont transformé le goût du public. La section américaine (Galerie A. Nice) par exemple, du Festival des Arts Plastiques a reçu des centaines de visiteurs venus voir des oeuvres d'Albers, Jim Dine, Segal, Lichtenstein, Oldenburg, parmi cinquante autres...

Jacques Lepage
In Les Lettres Françaises du 19 août1965

Re.gif (873 octets) Spécial Midi : L'Ecole de Nice

Il faut détruire les oiseaux jusqu'au dernier. Le garçon qui parle a dix-huit ans. Il est allongé sur la plage entre un peintre et un poète. A trois, ils jouent à se partager le monde.
Celui qui entraîne aux rêves se nomme Yves Klein. Grâce à lui, Nice deviendra un de ces lieux privilégiés de l'esprit à l'instar de Nantes, pôle magnétique du surréalisme depuis la rencontre d'André Breton et de Jacques Vaché.
Rien pourtant ne préparait le chef-lieu des Alpes-Maritimes à un tel destin. Entre la mer et le soleil, on y vit au rythme de 1900 : le legs Dufy - des centaines d'oeuvres - dort dans des caisses depuis des années. Faute d'un domicile digne de lui, disent les uns. Jugés trop audacieux disent les autres. Sans contact avec Paris, quatre artistes s'y sont révélés : Yves Klein, Le Clézio, Arman, Martial Raysse. Maintenant, ce sont des vedettes internationales.
Certains partagent leur temps entre New York et la Côte d'Azur. Ils ont lancé l'Ecole de Nice.
A la mort de Klein, ce fut Arman, son compagnon d'enfance, qui prit sa succession à la tête de l'Ecole de Nice. Champion de judo et de pêche sous marine, c'est lui qui encourage, donne des conseils, organise des expositions. Au temps des vaches maigres, c'est chez lui que s'élaborait la stratégie à suivre lors de la visite d'un marchand, d'un collectionneur ou d'un critique.

Benjamin Vautier, dit Ben, admirateur de Duchamp et de Klein, fut l'intermédiaire. C'est le personnage le plus pittoresque de Nice. Il possède un magasin de disques d'occasion transformé en caverne d'Ali-Baba Pop'Art. Poète engagé dans de multiples activités, il hésite entre la peinture, le théâtre et l'acte gratuit. Ayant décidé que l'oeuvre d'art ne réside que dans l'intention, c'est finalement de sa vie qu'il fait une oeuvre d'art.

SUR LA COQUILLE. Parmi de multiples activités, il édite une revue : Tout monte des happenings, distribue des tracts qui annoncent : Je signe les élections législatives, je signe les remises de décorations. Les escargots vivants signés Ben sur la coquille sont vendus avec brochure d'élevage. Un jour, comme il avait annoncé qu'il authentifiait n'importe quoi comme faisant partie du Tout. il eut des ennuis avec le syndicat des experts qui lui déniait le droit de délivrer des certificats d'authentification. Ses idées de pièces de théâtre se résument à une situation dont le public fait souvent les frais : Une actrice fait du strip-tease. On fait évacuer la salle par la police des moeurs ; Annoncer un vol et fouiller systématiquement les spectateurs : Découvrir un resquilleur qu'on fera expulser ; L'auteur annoncera que la pièce est trop mauvaise, qu'il a honte qu'il refuse de la laisser jouer. C'est par Ben que le Clézio a eu connaissance de John Cage, de Duchamp et des happeners américains du groupe Fluxus ; George Brecht, La Monte Young, Ray Johnson, Dick Higgins, Bob Patterson, ces promoteurs d'une nouvelle sensibilité suscitée par une infirme variation de perspective.

Les vocations de peintres s'éveillent dans le sillage d'Arman et de Raysse. Parmi les plus jeunes, il y a Gilli, qui a pu réaliser ses projets le jour où Arman lui a donné sa scie électrique. Il fait des montages en contre-plaqué, sorte de boîtes de souvenirs aux couleurs industrielles. Venet Bernar, qui a fait son service militaire avec Martial Raysse, assemble les plaques de carton qu'il peint au pistolet. Ses grandes surfaces géométriques marquent un retour à l'abstraction. Gilli et Venet Bernar seront tous deux à la Biennale de Paris en septembre prochain. Ils représenteront la Nouvelle Ecole de Nice.

Otto Hahn
in L'Express du 2 au 8 août 1965

Re.gif (873 octets) Signer au dos le ciel

Un rêve de liberté plus complète encore est à l'origine de l'Ecole de Nice : Cette sensation de liberté totale de l'espace pur exerçait sur moi un tel pouvoir d'attraction que je peignais des surfaces monochromes pour voir, de mes yeux voir ce que l'absolu avait de visible, écrivait Yves Klein...

Celui-ci ne se donnait aucun modèle, expliquant au contraire chacune des étapes de son oeuvre par une réflexion sur l'entourage. Les artistes de l'Ecole du Nice gardent un comportement identique ; lorsqu'ils consentent à citer des références d'ordre culturel, les oeuvres sont éclipsées par l'attitude qu'elles signifient : Kurt Schwitters, Picabia, Max Ernst, Marcel Duchamp, John Cage, George Brecht, etc...ou Dejean (1780-1845) (5) ; le Dadaisme et le Surréalisme ont ouvert le voie...

L'Ecole de Nice, pour l'histoire, c'est d'abord Yves Klein (11), l'insurrection d'un jeune homme contre le silence pictural qu'essaie en vain d'emplir l'anecdote des peintres-à-touristes locaux. Il faudra un jour se pencher plus attentivement sur cette vie active et brêve assez originale pour entraîner un trio dans une aventure extrême. Yves Klein, Martial Raysse et Arman l'accompagnant, part à la conquête de l'art et du monde. De Nice, rien à attendre, ils le savent. Il n'y a pas de miracle, le désert n'est pas de lui-même fécond. C'est contre le désert et stimulé par quelques exemples extérieurs que le projet naît et prend consistance. Cependant les affinités sont assez profondes pour que le groupe persiste. A Nice, Ben Vautier, Robert Malaval et Paul-Armand Gette entreprenaient dans un esprit voisin des oeuvres divergentes. Avec des moyens différents, Jean-Jacques Condom, Claude Gilli, et Bernar Venet suivaient ces voies pour eux devenues exemplaires. Nous étions trois, nous voici dix, nous serons trois cents dans dix ans écrit M. Raysse. Aujourd'hui, à Anvers, à Milan, à Londres, à Hambourg, l'Ecole de Nice s'est imposée, et à Paris : tandis que Nice s'attarde aux produits d'importation d'une avant-garde 1900. Ces peintres, qui reviennent régulièrement vivre et travailler dans leur ville natale lorsqu'ils n'y sont pas domiciliés, éprouvent pour elle, on le comprend, un amour très mêlé d'amertume.

 

Septembre 1965
Marcel Abocco in identités n°11/12 été-automne 1965.

On pourrait citer un vingtaine de noms composant ce que Ben Vautier appelle Nouvelle Ecole de Nice. Il est évident que des personnalités significatives de l'esprit d'un mouvement, participant à une ambiance de création, peuvent être d'un médiocre intérêt comme créateurs : c'est le cas, presque toujours de la majorité.

Création officielle le 1er octobre de l'Académie de Nice et de son Université, avec Monsieur Robert Davril comme recteur. Nice possède désormais une Faculté de Sciences (créée le juillet 1959), une Faculté de Droit et Sciences Economiques (créée le 2 août 1962), une Faculté des Lettres et Sciences Humaines (créée en 1965). L'Université de Nice est l'héritière du Centre Universitaire Méditerranéen, C. U. M, institué le 18 février 1933, Paul Valéry en fut le premier administrateur, dans le but de faire du C. U. M, un lieur d'élaboration d'une Culture méditerranéenne ; voir Nice Historique, juillet-décembre 1990, p. 73 et suivantes.

Question : On parle d'une école deNice. Existe-t-elle, avez-vous conscience d'en faire partie?

Martial Raysse : ...Contrairement à ce que croient naïvement, certains critiques para-professionnels niçois, ce n'est pas le fait de travailler à Nice, avecle tiercé, plage, palmier, soleil ou la jeunesse qui fait la marque caractéristique du label Ecole de Nice...

Arman : L'Ecole de Nice ? Du moment qu'on a employé cette expression, elle existe.

Ben Vautier : Le créateur de l'Ecole de Nice, c'est moi...

J; M. G. Le Clézio : Comme je l'avais dit à Otto Hahn lorsqu'il est venu me voir, j'ignore totalement s'il y a une Ecole de Nice..

Claude Gilli : Oui, il existe une Ecole de Nice, mais à Paris..

Bernar Venet : Pour moi, aucun doute, l'Ecole de Nice existe. Et c'est heureux, au moment où l'on accuse l'Ecole de Nice de perdre les pédales...Accepté par ceux qui la composent, j'en fais donc partie, bien que mon travail soit très différent du leur.

Paul-Armand Gette : On parle d'une Ecole de Nice et je pense qu'elle existe réellement, comme a existé une Ecole de Paris. Trois artistes : Klein, Armand et Raysse ont entrepris à Nice des recherches qui ne pouvaient rester sans échos dans le climat ultra-rétrograde qui régnait alors sur la Côte d'Azur.

Robert Malaval : S'il suffit de quelques artistes exerçant leur activité sur la Côte pour parler d'une Ecole de Nice, certainement celle-ci existe. Que bon nombre d'entre eux y soient nés n'est pas pour infirmer le fait...

Extrait de l'article l'ECOLE DE Nice in Identité n°11-12, été-automne 1965